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Persécution et combat spirituel

La persécution des chrétiens dans le monde, en particulier dans les pays musulmans appliquant plus ou moins la charia, fait que les nouvelles tombent presque chaque jour et il nous est difficile de les signaler. Nous croyons que l'un des blogues les plus exhaustifs sur la question est l'observatoire de la Christianophobie; auquel il est possible de s'abonner ou de recevoir un exemplaire gratuit.

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dimanche 20 juillet 2014
La mort ou la fuite pour les chrétiens de Mossoul: silence médiatique et absence de prières pour les persécutés
By Christian Mira @ 17:56 :: 12208 Views :: 0 Comments :: Article Rating :: Expression - Awal, Persécutions...
 

Après le terrible témoignage de Sœur Raghida (LIRE) sur les persécutions des chrétiens en Syrie, avec cas de crucifixion par les jihadistes, maintenant le calvaire des chrétiens de Mossoul (cf. ci-dessous) chassés de leur terre prend une ampleur d'une dimension jamais atteinte depuis le martyre des arméniens au dernier siècle. Dans un article publié sur le site de l'Aide à l'Église en Détresse (AED), le Père Anis Hanna, dominicain, dresse un bilan détaillé de la situation dramatique vécue dans cette ville. Plus particulièrement, pour ceux qui n'ont pu fuir la soumission au nouvel ordre islamique implique l'abolition du "système judiciaire de la ville. C’est la loi de la charia qui désormais vaut. Pire encore, les mariages forcés. Les jihadistes de l’État islamique obligent les habitants de Mossoul de leur offrir leurs jeunes filles. Les parents doivent obéir sans poser de question ; les jeunes filles ne doivent absolument pas donner leur avis" (CONSULTER).

- Que ceci ait lieu dans le silence des médias dominants (sauf exception), rien d'étonnant : ils appartiennent au Monde au sens johannique.

- Que ceci ait lieu dans le silence des institutions musulmanes modérées, dont celles de France (CF.), rien de surprenant : on peut considérer qu'il est plutôt gênant pour elles d'évoquer ce drame, un "crime contre l'humanité" selon le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. En outre, pour un musulman dit modéré, il est difficile, et même risqué, de s'opposer à une règle dictée clairement dans les livres canoniques de l'islam. Cependant le patriarche maronite d'Antioche et de tout l'Orient, Bechara al Rahi pose la question de ce silence dans un article (VOIR) de l'excellent site Asia News du "Pontificio Istituto Missioni Estere" (PIME, Institut Pontifical des Missions Etrangères, Société Catholique Internationale de Vie Apostolique) dirigé par le père Cervellera, qui a témoigné plusieurs fois sa sympathie à  Notre-Dame de Kabylie. De même, dans un message publié le 12 août 2014 ([LIRE] et annexe 1) le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, demande aux responsables religieux d'« exercer leur influence auprès des gouvernants pour la cessation de ces crimes, la punition de ceux qui les commettent et le rétablissement d’un état de droit sur tout le territoire, tout en assurant le retour des expulsés chez eux », rappelant aussi que « le soutien, le financement et l’armement du terrorisme est moralement condamnable ». Pour la première fois ce Conseil pontifical prend une position très ferme sur les persécutions, et évoque leurs conséquences sur le dialogue islamo-chrétien. Le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux s'exprime enfin clairement : « La situation dramatique des chrétiens, des yézidis et d’autres communautés religieuses et ethniques numériquement minoritaires en Irak exige une prise de position claire et courageuse de la part des responsables religieux, surtout musulmans. […] Autrement quelle crédibilité auront les religions, leurs adeptes et leurs chefs ? Quelle crédibilité pourrait avoir encore le dialogue interreligieux patiemment poursuivi ces dernières années ? » (en rouge, ajout du 12/08/2014 à cet article publié le 20/07/2014, voir ci-dessous la situation antérieure, et ce que disait le cardinal Kurt Koch le 19/07/2014).

- Que ceci soit occulté (sauf exception) lors des "intentions de prières" des messes dans nos églises de France, et sur la majorité des sites catholiques officiels, on a là une source de douloureuses interrogations devant cette pénurie d'appels à la prière pour les chrétiens persécutés (VOIR).

Pourtant Mgr Ginoux, évêque de Montauban, sur le site de son diocèse, disait en 2009: "Mais comment pourrions-nous abandonner nos frères ? Aimons-les, prions pour eux, soutenons-les et regardons-les comme le visage du Christ crucifié". Le dimanche 10 janvier 2010, après la récitation de la prière de l'angélus, Benoît XVI s'était exprimé sur ce sujet: "La violence envers les chrétiens dans certains pays a suscité une grande indignation, aussi parce qu'elle s'est déroulée au cours des jours les plus sacrés de la tradition chrétienne. Les institutions politiques et religieuses ne doivent pas renoncer, je le rappelle, à leurs responsabilités. Il ne peut y avoir de violence au nom de Dieu, et on ne peut pas davantage prétendre l'honorer en offensant la dignité et la liberté de ses semblables". En parlant de "violence au nom de Dieu", la cible visée est très claire. Le 26 juin 2014, le cardinal Barbarin s'indignait de l'indifférence envers les persécutions des chrétiens d'Irak (CF2). Le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, déclare à L’Osservatore Romano du 19 juillet 2014: « On estime que 80% des personnes persécutées sont chrétiennes, et je crois que nous sommes trop silencieux ». Ceci après avoir dit :« Nous devons être plus courageux dans le fait de dénoncer les persécutions contre les chrétiens, parce qu’aujourd’hui nous assistons à plus de persécutions que durant les premiers siècles du christianisme. […] Toutes les Églises ont leurs martyrs, et les martyrs d’aujourd’hui sont la semence de l’œcuménisme et de l’unité pour le futur ». Régulièrement le Pape François dénonce les violences et discriminations dont sont victimes les chrétiens.

Au cours des messes, les intentions de prières sont nombreuses, mais restent liées à des notions abstraites pour la plupart des fidèles: la paix, la justice, l'entente entre les peuples, le racisme, les droits des sans papiers, l'accueil, etc. Parfois on parle même de prières pour les persécutés (lesquels ??), mais les faits concrets de persécutions, leur nature, leur origine, sont absents. Il ne faut surtout pas dire qu'il s'agit de chrétiens (peur d'amalgame ?). On oublie ces passages du Nouveau Testament:

- "Pierre était gardé en prison tandis que l'Église priait Dieu pour lui ardemment" (Actes 12; 5).

- "Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez dans les liens avec eux, de ceux qui sont maltraités, vous aussi qui avez un corps." (Hébreux 13:3).

Aujourd'hui des chrétiens sont torturés, massacrés, crucifiés, les jeunes filles enlevées, violées. Dans combien de paroisses a-t-on évoqué le sort d'Asia Bibi mère de 5 enfants, condamnée à mort pour blasphème, et qui après 4 ans d'attente dans les geôles pakistanaises attend un nouveau procès. Le sort des 260 jeunes filles enlevées au Nigéria, pour lesquelles on cache qu'elles sont chrétiennes, ceci avec les destructions d'églises, et les massacres, événements récurrents dans ce pays. Le sort de Mariam Yahya, catholique, maman d'un enfant de 20 mois, condamnée à mort au Soudan pour apostasie (car de père musulman), et à recevoir 100 coups de fouet pour adultère (elle a épousé un chrétien). Le site d'un secteur pastoral de Bordeaux (CF.) donne des détails sur son calvaire, lors de l'accouchement de son second enfant, née le 27 mai dernier, en prison : "Meriam a dû accoucher enchaînée, ce qui n'a pas été sans dommage pour l'enfant : « Ma fille est handicapée parce qu’on m’a obligé à accoucher avec mes chaînes », raconte-t-elle. Elle ajoute: « Je n’avais pas de menottes mais j’avais des chaînes aux jambes". Il est regrettable que ce type d'information, avec appels à la prière, soit rare sur les sites catholiques officiellement reconnus. De son côté, le Père Vianney Jamin (32 ans), prêtre du diocèse de Versailles, vient de lancer un appel : faire de ce vendredi 25 juillet 2014 une « journée de prière et de jeûne pour nos frères chrétiens persécutés en raison de leur foi au Christ, particulièrement en Irak ». Souhaitons que cette initiative rencontre un plein succès, apportant ainsi à nos frères irakiens le réconfort de ne pas se sentir totalement abandonnés.

 En effet, le bilan est effrayant (VOIR), et (LIRE). Dans les contrées des premières Églises du Christianisme, ces chrétiens victimes d'un nettoyage religieux sont contraints à l'exil. Dans l'indifférence la plus totale le christianisme disparait progressivement de ces régions. Où sont les "ardentes prières" de leurs frères?(Actes 12; 5).

En 2011, le professeur Thomas Schirrmacher, directeur de la Commission sur la liberté religieuse de l’Alliance évangélique allemande, notait que plusieurs dizaines de milliers de chrétiens étaient assassinés chaque année à cause de leur foi. Il ajoutait que beaucoup de responsables chrétiens craignent souvent d’aborder la persécution, et la discrimination des chrétiens, dans les pays islamiques, par crainte que cela mette en péril le dialogue interreligieux. Dans Famille chrétienne, ce mot d'un père de famille ayant fui Mossoul: "Des dizaines de journalistes sont venus ici, nous témoignons, mais que font vraiment les Occidentaux ? Où sont les chrétiens occidentaux ?".

Sur le site http://www.france-catholique.fr/Dans-le-dialogue-avec-l-islam-le.html, et sous le titre "Dans le dialogue avec l'islam: le tabou levé ou le silence récidivé?" (15/01/2010), après avoir évoqué "le black-out total de l’épiscopat français sur la persécution communiste, pendant des années", le père Daniel-Ange s'exprime ainsi: "J’ose poser la question politiquement, ecclésialement très incorrecte: ne recommençons nous pas, avec la persécution islamique? Voici quatre ans, un document de la Conférence épiscopale, remarquable par ailleurs, validé par l’Assemblée plénière à Lourdes, abordait tous les aspects du dialogue. Je n’y ai pas trouvé une allusion à cette violence islamique antichrétienne".

Par contraste, on voit des athées militants dénoncer les persécutions des chrétiens, et même le silence de l'Église de France, en manifestant une réelle compassion pour les victimes. Cet impensable engagement d'athées est donné sur le site "Riposte laïque":

où Lucette Jeanpierre, dans une recension du livre de Raphaël Delpard (lui-même athée) "La persécution des chrétiens aujourd'hui dans le monde" (Ed. Michel Lafon, 01/2009) dit:

"Tous les moyens sont bons pour les faire abjurer leur foi, y compris le viol collectif, sorte de viol idéologique, dans les pays musulmans.

L’auteur consacre un chapitre complet à la dhimmitude, et une longue partie de son témoignage évoque la situation en Algérie, pays qui, manifestement, lui tient à cœur. On ne peut lire un tel ouvrage sans être profondément troublé par le silence qui accompagne ces violences inacceptables, ces meurtres, ces viols, ces actes de barbarie. Silence de l’Église catholique, silence des hommes politiques de droite comme de gauche.

On reste confondu, après avoir lu ce livre, par l’arrogance des musulmans, dans les pays européens, et en France, quand ils réclament des droits démocratiques pour leur religion, et qu’ils éradiquent, avec des moyens barbares, toute autre religion, et toute autre pensée, quand ils en ont les moyens".

Dans ce livre Raphaël Delpard lance un cri douloureux: "Les chrétiens sont en danger. Cela n'a rien d'un effet d'annonce. En 2009, c'est une insupportable réalité". Pour lui ces drames, occultés "par le silence des nations", se déroulent très majoritairement dans des pays musulmans: "On ne peut pas faire comme si le problème n'existait pas et détourner les yeux".

Le contraste avec le silence d'institutions catholiques s'accentue avec cette exhortation qu'un leader musulman, le Sheikh Dr Muhammad Al-Hussaini, adresse aux responsables chrétiens (CF.2) :

"Un leader musulman britannique exhorte les chrétiens à être beaucoup plus fermes en ce qui concerne le sort des chrétiens dans les nations musulmanes. Dr. Mohammed Al Hussaini dit que la persécution des chrétiens s'amplifie parce que la hiérarchie de l'Eglise ne s'en soucie pas. "Les chrétiens persécutés ne sont ni «blancs, ni de riches" et les chrétiens blancs les ignorent. Nous ne pouvons compter sur la communauté musulmane, dit-il, en s'insurgeant contre les injustices des musulmans vis à vis des minorités chrétiennes. C'est pourquoi il exhorte les responsables chrétiens à agir auprès des dirigeants musulmans du monde entier".

Le site "Christian Concern" (CF.3) reproduit de plus larges extraits de ce qu'a dit Mohammed Al Hussaini, avec des commentaires. Dans le cadre de son appel à  l'Eglise pour qu'elle soit une voix pour les minorités persécutées, il dit en particulier: "Au moindre événement débutant à Gaza ou en Cisjordanie, nous, musulmans, pouvons absolument compter sur des manifestations massives dans les villes musulmanes de Jakarta à Tombouctou. Dans le cas des minorités chrétiennes persécutées (horribles attaques à la machette au Nigeria, des chrétiens en Irak sont brûlés hors de leurs maisons, des chrétiens au Pakistan sont lapidés, ou agressés, sous le moindre prétexte, des chrétiens en Palestine souffrent sous l'occupation israélienne) la réaction est tout au plus une simple pleurnicherie".

En effet, il n'est pas illogique de penser que l'absence de réaction des "institutions politiques et religieuses" ne peut être qu'interpréter comme un encouragement à la passivité des autorités politiques, et de la police, dans les pays où sévit la persécution.

Ci-dessous (annexe 2), la copie de l'article " La mort ou la fuite, le dur choix des chrétiens de Mossoul" (CF) publié par l'un des plus importants quotidiens libanais: L'Orient-Le Jour. Depuis, les témoignages s'accumulent, et un nouveau degré dans l'horreur a été franchi: des femmes yasidis selon la VIDEO, chrétiennes selon le SITE, ont été vendues comme esclaves au Souk de Mossoul.


ANNEXE 1 Déclaration du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, 12.08.2014, [B0567]

Le monde entier a assisté, stupéfait, à ce qu’on appelle désormais « la restauration du califat » qui avait été aboli le 29 octobre 1923 par Kamal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne.

La contestation de cette « restauration » par la majorité des institutions religieuses et politiques musulmanes n’a pas empêché les jihadistes de l’« Etat Islamique » de commettre et de continuer à commettre des actions criminelles indicibles.

Ce Conseil pontifical, tous ceux qui sont engagés dans le dialogue interreligieux, les adeptes de toutes les religions ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté, ne peuvent que dénoncer et condamner sans ambiguïté ces pratiques indignes de l’homme:

-le massacre de personnes pour le seul motif de leur appartenance religieuse;

- la pratique exécrable de la décapitation, de la crucifixion et de la pendaison des cadavres dans les places publiques;

- le choix imposé aux chrétiens et aux yézidis entre la conversion à l’islam, le paiement d’un tribut (jizya) ou l’exode;

- l’expulsion forcée de dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles des enfants, des vieillards, des femmes enceintes et des malades;

- l’enlèvement de jeunes filles et de femmes appartenant aux communautés yézidie et chrétienne comme butin de guerre (sabaya);

- l’imposition de la pratique barbare de l’infibulation;

- la destruction des lieux de culte et des mausolées chrétiens et musulmans;

- l’occupation forcée ou la désacralisation d’églises et de monastères;

- le retrait des crucifix et d’autres symboles religieux chrétiens ainsi que ceux d’autres communautés religieuses;

- la destruction du patrimoine religieux-culturel chrétien d’une valeur inestimable ;

- la violence abjecte dans le but de terroriser les personnes pour les obliger à se rendre ou à fuir.

Aucune cause ne saurait justifier une telle barbarie et certainement pas une religion. Il s’agit d’une offense d’une extrême gravité envers l’humanité et envers Dieu qui en est le Créateur, comme l’a souvent rappelé le Pape François.

On ne peut oublier pourtant que chrétiens et musulmans ont pu vivre ensemble - il est vrai avec des hauts et des bas - au long des siècles, construisant une culture de la convivialité et une civilisation dont ils sont fiers. C’est d’ailleurs sur cette base que, ces dernières années, le dialogue entre chrétiens et musulmans a continué et s’est approfondi.

La situation dramatique des chrétiens, des yézidis et d’autres communautés religieuses et ethniques numériquement minoritaires en Irak exige une prise de position claire et courageuse de la part des responsables religieux, surtout musulmans, des personnes engagées dans le dialogue interreligieux et de toutes les personnes de bonne volonté. Tous doivent être unanimes dans la condamnation sans aucune ambiguïté de ces crimes et dénoncer l’invocation de la religion pour les justifier. Autrement quelle crédibilité auront les religions, leurs adeptes et leurs chefs ? Quelle crédibilité pourrait avoir encore le dialogue interreligieux patiemment poursuivi ces dernières années?

Les responsables religieux sont aussi appelés à exercer leur influence auprès des gouvernants pour la cessation de ces crimes, la punition de ceux qui les commettent et le rétablissement d’un état de droit sur tout le territoire, tout en assurant le retour des expulsés chez eux. En rappelant la nécessité d’une éthique dans la gestion des sociétés humaines, ces mêmes chefs religieux ne manqueront pas de souligner que le soutien, le financement et l’armement du terrorisme est moralement condamnable.

Ceci dit, le Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux est reconnaissant envers tous ceux et celles qui ont déjà élevé leurs voix pour dénoncer le terrorisme, surtout celui qui utilise la religion pour le justifier.

Unissons donc nos voix à celle du Pape François: « Que le Dieu de la paix suscite en tous un désir authentique de dialogue et de réconciliation. La violence ne se vainc pas par la violence. La violence se vainc par la paix!».

[01287-03.01] [Texte original: Français]

 

ANNEXE 2 "La mort ou la fuite, le dur choix des chrétiens de Mossoul"

IRAK. Des chrétiens de Mossoul poussés à l'exode par des jihadistes islamistes. SAFIN HAMED/AFP

"Il ne me reste plus que mon âme et s'ils veulent la prendre, pas de problème!"

20/07/2014

Fadi, instituteur de 36 ans, sa femme et son fils attendent une mort quasi-certaine: avec les derniers chrétiens de Mossoul, ils vivent dans l'angoisse d'être exécutés après l'expiration de l'ultimatum des jihadistes qui contrôlent cette ville du nord irakien.

Les combattants de l'Etat islamique (EI, ou Daech en arabe) avaient laissé jusqu'à samedi aux chrétiens pour se convertir à l'islam, payer une forte somme ou quitter la ville, sous peine de mort.
Quelque 25.000 chrétiens se trouvaient encore à Mossoul après sa prise par ce groupe ultra-radical le 10 juin, mais la plupart d'entre eux ont fui ces dernières 24 heures suite à l'ultimatum.

"Je reste. J'ai l'impression d'être déjà mort", affirme Fadi, joint par l'AFP au téléphone peu avant l'expiration de l'ultimatum samedi midi (09H00 GMT). "Il ne me reste plus que mon âme et s'ils veulent la prendre, pas de problème!".

(Lire aussi : HRW : Les jihadistes irakiens veulent "éradiquer" les minorités dans la région de Mossoul)

Vendredi, les haut-parleurs des mosquées se sont mis à hurler, appelant les chrétiens à quitter la deuxième ville d'Irak, cosmopolite depuis des siècles. Après leur offensive fulgurante lancée le 9 juin, les jihadistes se sont emparés de zones du nord et de l'ouest irakien où ils ont déclaré un califat. Ils entendent recréer sur ce territoire un Etat identique à celui des premiers temps de l'islam, imposant notamment aux Juifs et aux chrétiens qui ne se convertiraient pas de payer la "jizya", taxe dont doivent s'acquitter les non-musulmans.
Fadi, lui, n'a pas les moyens d'aller se réfugier ailleurs, et ceux qui partent, dit-il, ne sont pas assurés de trouver une vie meilleure.

'C'est l'argent de l'EI'

Quand ils ont fui, ses co-religionnaires "ont été arrêtés par des combattants de l'Etat islamique qui leur ont tout pris: téléphones portables, argent, bijoux", assure Fadi. "Quand mon cousin et des amis ont essayé de discuter avec eux, ils leur ont pris leurs voitures aussi". "Ils ont pris à une vieille femme 15.000 dollars. Elle n'a demandé à garder que 100 dollars et ils lui ont répondu: +c'est l'argent de l'Etat islamique et on ne peut pas te le donner+", rapporte Fadi.

Mais même ceux qui peuvent se permettre de payer la "jizya" préfèrent fuir face à des jihadistes connus pour leur brutalité, qui n'hésitent pas à tuer et à crucifier ceux qui leur résistent.

(Pour mémoire : A quelques km de Mossoul, les chrétiens irakiens pris au piège se terrent)

"Peut-être que certains chrétiens se cachent encore à Mossoul, mais je pense qu'aucun n'a décidé de payer la +jizya+ ou de se convertir. Aucun chrétien ne fait confiance à ces brigands", affirme à l'AFP Yonadam Kanna, éminent dirigeant chrétien. "Ils sont allés jusqu'à voler les alliances des femmes qui s'enfuyaient de la ville, comment peuvent-ils se dire musulmans?".

Ahlam et son mari ont porté leurs deux garçons sur leurs épaules durant les 20 kilomètres qu'ils ont parcourus une fois sortis de Mossoul. "On est d'abord arrivés à Tilkkef, complètement exténués: on n'avait rien mangé ni bu pendant toute une journée", poursuit cette chrétienne de 34 ans.

Dans cette ville au nord de Mossoul --dans la région autonome du Kurdistan-- des volontaires attendaient avec leurs voitures pour transporter les centaines de chrétiens, toutes générations confondues, fuyant à pied sous un soleil de plomb, ajoute-t-elle.

Et pour ces déplacés, l'idée d'un retour semble compromise: dans un communiqué, l'EI a indiqué que toute maison abandonnée devenait de fait sa propriété.
"A Mossoul, j'ai laissé ma maison, celle que ma famille avait construite il y a des décennies. Elle a été perdue en un instant. Tout s'est envolé: nos souvenirs, notre maison", dit Ahlam, les larmes aux yeux.

ANNEXE

Irak : la semaine de calvaire des chrétiens de Mossoul (Source)

Menacés par les djihadistes, les 3000 derniers fidèles de la ville se sont réfugiés dans la province kurde voisine.

Entre la valise et le cercueil, Yohanna n'a guère eu le choix: «J'ai tout laissé derrière moi: mes meubles, mon travail et même mes vêtements», se lamente ce chrétien de Mossoul, joint au téléphone dans le village voisin de Qosh, où il s'est réfugié avec les siens. «Nous avons eu très peur en quittant la ville samedi dernier», poursuit-il. Il est parti avec quelque 300 autres familles chrétiennes, cédant aux injonctions des djihadistes qui ont instauré un califat sur le «pays sunnite», après s'être emparés de Mossoul le 10 juin.

En une semaine, la vie des 3.000 derniers chrétiens de Mossoul a tourné au cauchemar. Et Yohanna en est d'autant plus surpris qu'au cours du premier mois sous le règne des djihadistes lui et de nombreux autres fidèles étaient plutôt rassurés. «Des chrétiens ayant fui Mossoul après la conquête djihadiste étaient même revenus», dit-il.

Mais, à partir du dimanche 13 juillet, des informations alarmistes ont commencé à circuler. Des fonctionnaires chrétiens n'ont pas été payés, et, à la mosquée, où se fait la distribution des bons d'achat de bombonnes de gaz, les chrétiens devaient soudainement attendre pour les obtenir. Mardi, deux jours plus tard, c'est la stupeur: les maisons des chrétiens sont taguées de la lettre «N», comme nassarah (chrétiens). Puis, le lendemain matin, les notables sont convoqués par les djihadistes à l'archevêché syriaque catholique pour leur expliquer de «nouvelles règles de vie». Flairant le piège, ils n'y vont pas. «C'était humiliant de s'entendre dire dans une église comment on devait vivre dans une ville où nos ancêtres habitent depuis deux mille ans», fait valoir un autre chrétien, qui préfère rester anonyme.

«L'épée entre nous et vous»

Les nouveaux maîtres de la ville sont furieux qu'on leur résiste. Le soir même, des haut-parleurs, hissés sur des véhicules circulant dans les quartiers chrétiens, expliquent ces «nouvelles règles de vie»: «Devenez musulmans et sujets du califat, ou alors payez la jyziah (l'impôt que les mécréants doivent payer aux musulmans), ce qui n'empêchera pas les hommes de devoir combattre avec nous. Sinon, partez, sans emporter quoi que ce soit. Et si vous ne respectez aucune de ces conditions, entre vous et nous, il n'y aura que l'épée.» C'est-à-dire la mort assurée.

Les chrétiens ont jusqu'à samedi midi pour quitter Mossoul. Et, pour que le message soit bien compris, le vendredi matin, une lettre est distribuée chez de nombreux chrétiens. Mais, comme personne ne bouge, le soir même, vers 19 h 30, des représentants du califat reviennent en colère à l'archevêché: «Comment osez-vous nous désobéir et ne pas venir à la réunion à laquelle on vous avait conviés?» Des djihadistes s'emparent alors de portraits d'évêques de Mossoul dans la salle du diwan, avant de les incendier. Depuis, on ignore dans quel état se trouve l'archevêché syriaque. Alertés, des voisins musulmans auraient alors tenté de s'opposer aux exactions contre l'Église, avant de se faire tancer: «Bande de mécréants! De quoi vous plaignez-vous, on veut transformer cette église en mosquée!»

Un couvent occupé

En fuyant Mossoul vendredi et samedi, de nombreux chrétiens se sont fait rançonner aux barrages, y compris des femmes qui ont été dépouillées de leurs bijoux par d'autres femmes, mais djihadistes, celles-là. «C'est bien la preuve de l'existence d'un plan de sortie des chrétiens de Mossoul», souligne Faraj Benoit Camura, de l'ONG Fraternité en Irak, qui vient en aide aux chrétiens de l'ancienne Mésopotamie. Depuis, d'autres rumeurs courent dans les camps de réfugiés de Qosh et Qaraqosh, où d'autres familles se sont repliées. Le couvent Saint-Georges, sur les hauteurs de Mossoul, aurait été occupé. La porte du couvent dominicain de l'Horloge - offerte par l'impératrice Eugénie - a été défoncée. Mais on ignore s'il y a eu des dégradations à l'intérieur.

Ce qui est sûr, en revanche, ce sont les départs forcés avant-hier de trois moines et d'autant de familles ayant trouvé refuge au couvent de Mar Behnam, non loin de Mossoul. Et à pied, sans avoir le droit de prendre leurs voitures. Comme une ultime humiliation. Et pourtant, ce calvaire n'est rien par rapport à celui que doivent endurer une poignée de chrétiens qui n'ont pas pu ou pas voulu quitter Mossoul. Ils seraient cachés chez des amis ou des voisins musulmans. «Mais vous savez, dans le drame que vit l'Irak, nous sommes encore chanceux par rapport aux Yazidis[*] qui ont été kidnappés ou tués», soupire Yohanna. Occupé à aider les réfugiés de Qosh, le père Gabriel, qui a quitté Mossoul il y a un mois, lance un SOS: «Face à ces monstres, la présence chrétienne est en danger. Nous réclamons une force militaire internationale pour protéger les chrétiens d'Irak. Sinon, nous allons continuer de souffrir et probablement disparaître

[*] Les Yazidis (ou Yezidi) appartiennent à une communauté éthno-religieuse kurde, pratiquant une ancienne religion monothéiste liée au Zoroastrisme.

 

Prière du Pape pour les chrétiens persécutés

... en particulier ceux de Mossoul, lors de l'angélus aujourd'hui :

"Chers frères et soeurs, j’ai appris avec préoccupation les nouvelles qui arrivent des communautés chrétiennes de Mossoul (Irak) et d’autres régions du Moyen Orient, où, dès le début du christianisme, elles ont vécu avec leurs concitoyens, offrant une contribution significative au bien de la société. Aujourd’hui, ils sont persécutés, ils sont chassés, ils doivent quitter leurs maisons sans la possibilité de rien emporter. J’assure ces familles et ces personnes de ma proximité et de ma prière constante.

Chers frères et sœurs si persécutés, je sais combien vous souffrez, je sais que vous êtes dépouillés de tout ; je suis avec vous dans la confiance en celui qui a vaincu le mal.

80% des personnes persécutées sont des chrétiens

Le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens,déclare à L’Osservatore Romano du 19 juillet :

« Nous devons être plus courageux dans le fait de dénoncer les persécutions contre les chrétiens, parce qu’aujourd’hui nous assistons à plus de persécutions que durant les premiers siècles du christianisme ».

« On estime que 80% des personnes persécutées sont chrétiennes, et je crois que nous sommes trop silencieux ».

« Toutes les Eglises ont leurs martyrs, et que les martyrs d’aujourd’hui sont la semence de l’œcuménisme et de l’unité pour le futur. »

« Le Pape François parle d’œcuménisme de la souffrance, et c’est surtout vrai pour les pays qui ont vu naître le christianisme au Moyen-Orient, où les chrétiens fuient, sont contraints de partir, parce que s’ils restent ils sont assassinés ».

« Comme il est triste que seuls restent des bâtiments vides et non pas les gens. Malgré tout je vois des signaux positifs dans certains endroits. Ainsi en Syrie, la persécution ici et là unit les chrétiens ».

Un monastère irakien tombe aux mains des islamistes

Aujourd'hui, les islamistes ont mis la main sur le monastère des martyrs Behnam et Sarah en Irak. Ils ont obligé les moines à quitter le monastère. Les moines ont pris la direction de Qaraqosh qui n’est pas loin du monastère, seulement à 19 km. Cette communauté laisse derrière elle un haut lieu de spiritualité, un monument historique de toute beauté, une bibliothèque pleine de manuscrits très anciens, des livres liturgiques et un lieu symbolique de la rencontre islamo-chrétienne.

Le vendredi 18 juillet, les terroristes avaient brûlé l’archevêché des syriaques catholiques dans le centre-ville de Mossoul.

Le samedi 19 juillet, les terroristes se sont emparés du couvent de Saint-Georges au nord de Mossoul.

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